Finissez d'entrez :

"Si d'aventure vous empruntez la nationale 20 qui relie Paris à Toulouse et, au-delà, à la Méditerranée ou aux Pyrénées, dès que vous aurez traversé la Corrèze et Brive qui ouvre les portes du Midi, ralentissez ! Un panneau vous indiquera bientôt que vous pénétrez dans le département du Lot, "terre des merveilles"

Un peu plus loin, vous rencontrerez une bourgade du nom de Cressensac. Traversez-la lentement et redoublez d'attention ; au bout de la ligne droite qui suit, il vous faudra choisir : ou bien rester sur la nationale 20 en direction de Toulouse, ou bien prendre sur la gauche l'axe Brive-Méditeranée par Martel, Gramat, Figeac, Rodez, Millau et la mer...
Sachez bien que si vous prenez à gauche, vous n'irez plus jusqu'à la mer. Plus jamais. Il suffira que vous vous arrêtiez sur le bord de la route, que vous baissiez la vitre Entendez-vous ? Non ! Vous ne rêvez pas, ce sont les cigales. Ici ? Des cigales ?  Eh bien, oui, tout simplement parce que vous avez rencontré le calcaire des Causses et que les cigales n'aiment que lui.Vous sentirez alors le parfum des genévriers et de la mousse des chênes, vous apercevrez les murs en pierres plates que nous appelons des lauzes, vous arriverez chez Antonin, vous entrerez dans ce livre qui est le sien, plus que le mien..
Il faudra prendre votre temps, car les causses du Quercy, il faut les parcourir lentement, avec mille précautions, il faut les caresser, les apprivoiser comme un animal de compagnie dont la confiance se mérite. Alors n'hésitez pas à descendre de voiture. C'est l'été, il fait beau. Vous êtes dans le domaine des bois habités,des maisons aux murs orangés, des troupeaux de brebis, des grandes caries calcaires, des sentiers qui s'en vont nulle part, du ciel blanc, des villages serrés autour de leur église comme un troupeau autour d'un pastre, vous êtes dans le domaine du vent. Pas n'importe lequel. C'est un petit vent qui caresse et qui parle à qui sait l'écouter.
Moulin de Cougnaguet
Saint Cirq la Popie
Espagnac
Un vent, aussi, qui sent la truffe, qui a la couleur de l'eau des sources, à peine bleuté, et qui est frais, même en été. Vous êtes dans la Provence du sud-ouest, mais avec plus de sauvage beauté, plus de mystères. Pourquoi ? Parce que, ici, il y a des bois et que, au fond de ces bois, il y a les fées. Lesquelles ? Je ne vous le dirai pas. Ça ne se fait pas. Sachez seulement qu'elles vivent là depuis que nos ancêtres les ont accueillies au lieu de les chasser. Ce qui prouve leur sens de l'hospitalité, ou du merveilleux. En tous cas, elles sont restées. Qui s'en plaindrait ?" Christian SIGNOL